mercredi 4 janvier 2017

Cours n°41 grande figure du journalisme littéraire en VF : Pierre Jourde et la littérature a l'estomac




I Rappel :
- Retour sur les conventions de stage.
- Où en sommes-nous des deux reportages : Chia-ping et Chia-hua.

II - Littérature sans estomac versus littérature de terrain :

Pierre Jourde, romancier et essayiste, fait un triste bilan de la littérature contemporaine sur le mode d'un pamphlet au titre accrocheur : La Littérature sans estomac. Il décrit une littérature insipide,  pauvre de style, écrite avec de petits riens.  Il dénonce également une industrie éditoriale véreuse, une intelligentsia des lettres dominante mais vaine,  une sorte de ploutocratie qui impose ses goûts en matière littéraire au détriment des vrais écrivains.

Les textes qui suivent (compte-rendus, avis de lecteurs, revue de presse, interviews d'auteurs) montrent à quel point la thèse de Jourde peut être fragile et à quel point elle est blessante — le serait-elle parce qu'elle touche juste ? — Peu importe. Ce qui nous intéresse, c'est qu'il définit son style par opposition à celui d'une "littérature sans estomac". Qu'entend-il par là ?

Ce qu'on peut supposer c'est qu'il écrit selon un idéal littéraire contraire, autrement dit une "littérature à l'estomac". Essayons de définir ce style en lisant par exemple ce reportage qu'il a signé dans XXI. Il est possible que cette "littérature à l"estomac" se rapproche d'un des traits stylistique propre au journalisme littéraire comme littérature de terrain. Voyons.

Extrait : Delerm, un flagrant-délit d'insignifiance.

"On peut aimer les choses délicates et fines, on peut goûter l’infinitésimal, mais à condition qu’il aille trop loin, qu’il se dépasse et se perdre dans l’infiniment petit, ce qui est une autre forme de grandeur. Là encore, Delerm reste entre deux, dans le décoratif. Il peint des assiettes, lui aussi. A la main. Il fait de l’artisanat comme on en vend dans les villages typiques, des objets qu’on rapporte chez soi pour poser sur le buffet. Littérature de mémère à tisanes et coussins roses, poésie recommandée à Mme Le Quesnoy par son curé, et qui se pâme en croyant que la beauté, c’est de « l’orientalisme occidentalisé » et de l’« ourlé de vagues douces ». Tout cela est tellement gentil et délicat qu’on se surprend à détester cette indélicate exhibition de délicatesse."


http://www.pierrejourde.fr/Essais/Litterature%20sans%20estomac.pdf

http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=12929

III - "La Dernière estive". Un grand-reportage dans XXI.

- Des métaphores inattendues, créatives, saugrenues :

p. 106 "La topographie de la région se résume en gros à ce vaste dôme volcanique, affalé comme une énorme méduse sur une plage, déployant autour de lui ses tentacules (...) un de ces coquillages marins parasitant le corps monstrueux d'un Léviathan"

p. 107 "Alexandre Vialatte disait qu'on devait écrire un western auvergnat. Tout y est : vaches, rodéo, querelles ancestrales, coups de fusil, bagarres. Manque le cheval. La différence principale tient à ce que les cowboys sont aussi les indiens, le peuple en voie de disparition."

p. 108 "un compromis entre l'Asie centrale et le Far West : le Far Centre"

- Des traits de style et des métaphores venus du terrain.

p. 110 : "Il sait d'instinct que l'expérience la plus drue, celle que nous vivons dans ces jours d'estive, si près semble-t-il des choses réelles, la froid, la terre, les bêtes, la sauvagerie, l'alcool et le gibier, est tout entière tissée d'imaginaire"

- prétérition ironique :
p. 108 "il ne faudrait pas publier ça, mais tant pis, on espère que les gardes-chasse ne lise pas ce genre de revue"

On trouvera des points communs dans cette écriture avec celle de Patrick de Saint-Exupéry ou encore différemment de celle de Jean Hatzfeld.

Ce n'est pas pour rien que Jourde a reçu le prix Jean Giono, romancier du terroir, écrivain de terrain dont l'imaginaire est enraciné dans une terre.

IV - Écoutons un peu la radio : Pierre Jourde est aussi chroniqueur sur France Culture. Que nous dit-il de la littérature contemporaine ?

https://www.franceculture.fr/emissions/l-invitee-de-la-dispute/les-choix-litterature-de-pierre-jourde